Lettre à madame Martine Rioux

Rouyn-Noranda, le 11 décembre 2007

Madame Martine Rioux
Directrice générale
Conférence régionale des Élus de l’Abitibi-Témiscamingue
170, avenue Principale, bureau 102
Rouyn-Noranda Qc J9X 4P7

Madame Rioux,

La présente fait suite au dépôt par la CRÉ de la proposition présentée par le groupe CAF intitulée « Analyse des modèles d’attribution des bois commerciaux sur les terres du domaine public et étude d’opportunité de nouveaux modèles d’attribution » et aux différentes présentations qui ont été réalisées sur le territoire où plusieurs de nos affiliés ont pris part activement.

Bien que nous puissions saluer les efforts réalisés par la CRÉ et la Commission forestière pour tenter de trouver des solutions à la grande crise que nous vivons actuellement, les propositions contenues dans ce document ont été accueillies plutôt froidement par les travailleuses et travailleurs du secteur forestier. Pour ceux-ci, l’approche privilégiée par la CRÉ et le groupe CAF ne vient en rien régler les problèmes que vit l’industrie en ce moment, au contraire, mettre à l’encan 20 % de la ressource viendra accentuer l’incertitude et aura pour effet de fragiliser davantage l’industrie, et par le fait même les emplois.

D’autres questions ont été soulevées à propos de cette portion mise à l’encan comme par exemple : « Pourquoi mettre à l’encan 20 % de la ressource alors que le bois des producteurs privés n’arrive pas à trouver preneur » ? Si l’objectif est de s’assurer de réserver une portion de l’approvisionnement pour des projets de 2e et 3e transformation, pourquoi ne pas le faire à partir des producteurs privés ? Autre préoccupation des travailleurs : « Comment peut-on prétendre mettre à l’encan 20 % de la ressource alors qu’en grande partie cette ressource provient de la région Nord-du-Québec, qui elle, n’a pas participée à l’exercice fait par le groupe Conseil en aménagement forestier (CAF) et n’a pas non plus été consultée » ?

Les travailleurs ont également exprimé leurs préoccupations pour ce qui est du rôle des instances régionales dans la gestion de la forêt. Nous partageons leurs préoccupations et nous les avons exprimées dans notre mémoire présenté lors des audiences publiques. Pour nous, la forêt publique doit être gérée par le Ministre des ressources naturelles du Québec, qui lui, est imputable à l’ensemble des Québécoises et Québécois.

L’approche prise par la CRÉ dans la gestion de la crise forestière, en particulier dans le cas de Champneuf, a clairement démontré aux travailleurs qu’il est difficile pour certains élus de demeurer impartiaux quand ils (leur municipalité) se voient favorisés par les transferts de CAAF.

La crise que nous vivons actuellement n’est pas due au fait que 100 % de la forêt publique québécoise soit attribuée en grande majorité à de grandes entreprises, qui elles, sont pour la plupart de propriétés étrangères, ce sur quoi nous avons à maintes reprises exprimé nos préoccupations. C’est plutôt dû à une conjoncture qui fait en sorte que tous ces éléments mis ensemble ont amené l’industrie à prendre des mesures radicales qui ont et continuent d’affecter les travailleurs et l’économie régionale.

Nous sommes conscients que les conjonctures auront un effet sur la partie structurelle de l’industrie et nous aurons à faire face à la consolidation de celle-ci. D’ailleurs, c’est pourquoi nous avons déjà avancé certaines idées qui pourraient aider à réduire les impacts sur les travailleurs et les municipalités. Dans le cadre des travaux en préparation du sommet sur la forêt, nous avons proposé le concept du 10/20/30. Notre proposition a pour effet de donner à l’industrie 10 ans pour mettre en place des projets de 2e et 3e transformation viables qui tiennent compte des besoins des municipalités, sinon après 10 ans, elle se verrait amputée de 20 % son CAAF, ce qui donne le temps nécessaire aux entreprises pour s’ajuster. En ce qui a trait à la notion du 30, nous comprenons que pour continuer de développer l’industrie forestière, les entreprises devront apporter les correctifs nécessaires et mettre en place des plans sérieux d’aménagement intensif. De cette façon, la matière ligneuse devrait avoir augmentée de 30 % sur une période de 20 ans, de façon à répondre aux besoins des générations futures et assurer l’équilibre entre le développement durable, les emplois et le développement de nos communautés.

Nous avons depuis le début de la crise crié haut et fort la nécessité que le gouvernement du Québec supporte adéquatement les travailleurs par des mesures d’atténuations. Nous avons également réclamé des mesures du gouvernement Fédéral, de ce côté là, nous avons eu moins de chance, les travailleurs et les municipalités ont été complètement ignorés par le gouvernement Harper lors du dernier budget, pourtant la CRÉ est demeurée totalement silencieuse. Les travailleurs auraient souhaité voir la CRÉ dénoncer le gouvernement Harper pour son inaction dans le dossier forestier.

Nous continuons d’être ouvert au dialogue et sommes conscients que certaines pratiques passées méritent d’être regardées de façon à ne pas répéter les mêmes erreurs. Toutefois, il est clair que les pistes de solutions avancées jusqu’à maintenant ne nous apparaissent pas comme étant des solutions pratiques à une problématique bien réelle. Nous allons lutter pour protéger nos travailleurs et leur famille qui depuis trop longtemps, vivent dans l’incertitude. Nous serons de toutes les tribunes en espérant contribuer à ce que les gens que nous représentons ne soient pas oubliés. On parle de la crise forestière et on oublie de parler de la détresse humaine qui est vécue actuellement dans notre région. Il n’y a rien de pire que vivre dans l’incertitude et malheureusement, c’est ce que vivent des milliers d’hommes et de femmes de notre région et d’ailleurs au Québec.

Veuillez recevoir, Madame, mes meilleures salutations.

Le conseiller régional FTQ,

Gilles Chapadeau

c.c. Mme Johanne Morasse, députée Rouyn-Noranda – Témiscamingue
M. Michel Arsenault, président FTQ
M. Renaud Gagné, vice-président SCEP
M. Carl Proulx, représentant SCEP
M. René Roy, secrétaire général FTQ
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